Retour sur un été qui a suscité de nombreuses questions pour plus d’un patient stomisé, en particulier ceux opérés récemment. Des vacances tant attendues, parfois décidées à la dernière minute, qui représentent l’occasion de s’éloigner du quotidien et de recharger les batteries.
Une stomie n’est pas une raison pour renoncer au plaisir de préparer une valise et de découvrir de nouvelles destinations. Pas besoin de partir loin : ce qu’il faut, c’est surtout un peu d’anticipation et de préparation.
Ali en témoigne. Opéré en urgence il y a quelques mois pour un cancer du rectum découvert fortuitement, il a finalement décidé de maintenir son projet de voyage familial en Algérie. Derrière les doutes, les réticences et les peurs, il y avait surtout la volonté d’un père de famille de continuer à avancer.
Les appréhensions fréquentes
Avant de franchir le pas, les freins sont nombreux :
- La peur de l’inconfort ou d’un accident (fuite, odeur).
- Les recommandations médicales prudentes, parfois dissuasives.
- Les inquiétudes familiales, nourries par la peur de l’inconnu.
- Le sentiment de culpabilité : priver ses proches de vacances ou leur imposer des contraintes.
💬 Ali se souvient : « En mai dernier, le diagnostic du cancer a bouleversé notre quotidien. Ces vacances à Alger étaient prévues depuis longtemps, mais soudain, elles semblaient irréalistes. Je doutais de ma capacité à gérer la poche, surtout loin de mes repères. Mon chirurgien déconseillait ce départ, et je craignais aussi de gâcher les vacances de mes enfants. »
Les leviers pour dépasser ces freins
Les appréhensions ne sont pas une fatalité. Le rôle de la stomathérapeute est essentiel : réassurer, donner des clés pratiques et accompagner vers l’autonomie. Souvent, la perspective d’un départ devient une source de motivation pour apprivoiser la stomie.
Le soutien de la famille joue également un rôle décisif. La communication avec le conjoint et l’implication des enfants permettent de trouver un équilibre entre prudence et envie de vivre.
Enfin, l’anticipation logistique (prévoir suffisamment de matériel, séparer en cabine et en soute, emporter des astuces simples sans « déménager la maison ») apporte une sécurité psychologique. Progressivement, une conviction s’installe : « Je peux y arriver. »
💬 Ali illustre : « Heureusement, ma stomathérapeute m’a appris à devenir autonome et à anticiper. Avec mon épouse, nous avons beaucoup parlé : nous avons trouvé ensemble un équilibre. Les enfants avaient tellement besoin de ces vacances… Je ne voulais pas qu’ils ne voient que la maladie. Petit à petit, j’ai choisi de voir ce voyage comme un défi : prouver que la vie continue. »
Le vécu concret : quand le quotidien reprend ses droits
Sur place, le quotidien retrouve vite sa place. Les soins deviennent des gestes d’hygiène intégrés à la routine. Les accidents, souvent redoutés, sont rares et gérables avec une bonne préparation.
L’image corporelle reste un point sensible. Se baigner, retirer son tee-shirt à la plage, accepter le regard des autres : autant d’étapes parfois difficiles à franchir. Mais l’essentiel est ailleurs : profiter des moments partagés, des visites, des repas, des rires.
💬 Ali raconte : « Le trajet s’est passé sans problème. Les soins ont rapidement perdu leur dimension médicale, ils sont devenus des gestes du quotidien. J’ai eu quelques moments de stress, mais pas de catastrophe. Pour la baignade, je n’ai pas retiré mon tee-shirt, le regard des autres… c’est encore compliqué. Mais j’ai quand même profité de la mer et de la piscine à ma manière, et c’était déjà une victoire. »
Verdict : la vie continue
Au terme de cette expérience, une certitude émerge : après une stomie, il est possible de voyager, de profiter, de créer de nouveaux souvenirs.
Le patient doit oser franchir le pas. Le soignant, accompagner et sécuriser. La famille, encourager et soutenir. Ensemble, ils rendent l’expérience possible.
💬 Ali conclut : « Aucun regret. Même si les recommandations médicales étaient prudentes, j’avais besoin de me reconnecter à ma famille. Ces vacances m’ont offert de beaux souvenirs. Le rôle de ma stomathérapeute a été déterminant : grâce à son accompagnement, j’ai osé. Je reviens plus confiant, fier de moi, et heureux d’avoir offert à mes enfants ce temps hors du quotidien. »
Ce qu’il faut retenir…
Oui, les freins existent, mais au-delà, il y a la vie. La stomie ne doit pas être vécue comme une parenthèse, mais comme une étape qui n’empêche pas d’avancer.
Ali en est un bel exemple : malgré les doutes et les recommandations prudentes, il a osé partir. Son expérience illustre qu’avec un peu d’anticipation, du soutien et de la confiance, les vacances restent possibles, riches en moments et en souvenirs.