Autodidacte accompli, Christian a bâti son entreprise de BTP en partant du plus bas de l’échelon. Conducteur de pelle devenu patron d’une PME de 16 salariés, ce quinquagénaire hyperactif vivait à « 200 à l’heure », guidé par un esprit patriarcal et protecteur envers ses équipes. Mais à trop se dévouer au travail, Christian a fini par s’oublier, jusqu’à ce qu’un cancer du rectum vienne stopper brutalement sa course.
Huit ans plus tard, il revient avec émotion et lucidité sur ce combat qui a redéfini sa vie.
Le piège du déni
Quand l’entreprise est en plein essor, le corps envoie des signaux que l’on préfère ignorer. Réfugié dans le travail après un divorce où sa femme lui reprochait de privilégier les contrats à sa vie de famille, Christian rationalise chaque alerte :
« La fatigue ? C’était le surmenage.
La perte de poids ? Le stress des chantiers.
La constipation ? La malbouffe sur le pouce.
Et les premiers saignements ? De simples hémorroïdes…
Je ne voulais rien voir. Mon entreprise tournait à plein régime, mes 16 gars comptaient sur moi, je n’avais pas le temps d’être malade. Jusqu’au jour où la coloscopie a posé le diagnostic : une tumeur du moyen rectum. »
L’épreuve en silence
Fidèle à son tempérament de roc, Christian commence son parcours de soins en cachant sa maladie à son entourage pour continuer à gérer sa boîte :
« J’ai démarré les premières cures de chimiothérapie en douce, comme si de rien n’était.
C’est finalement un de mes collaborateurs proches, dont le père avait traversé un cancer, qui a décelé mon changement physique et tiré la sonnette d’alarme. L’annonce a provoqué un élan de bienveillance inattendu : mes proches sont revenus vers moi et même mon ex-femme a répondu présente.
J’ai enchaîné 6 cures de chimiothérapie néo-adjuvante et 25 séances de radiothérapie avant de passer sur le billard. »
L’étape de l’iléostomie
L’intervention chirurgicale s’est accompagné de la création d’une iléostomie temporaire et d’un traitement complémentaire :
« Mon corps était très fatigué mais la présence retrouvée de mes proches m’a apporté une sérénité indispensable.
L’iléostomie a été un coup d’arrêt net : pour la première fois de ma vie, je n’avais plus le choix, il fallait ralentir.
Après les résultats d’anapath, j’ai dû avoir recours à de nouveau 4 cures de chimiothérapie. Malgré la lourdeur du parcours, savoir mon entourage présent et mon entreprise soutenue m’a permis de tenir bon. »
Le message de prévention
Au-delà de son parcours personnel, Christian tient aujourd’hui à transmettre un message essentiel de prévention et de soutien :
« Il y a huit ans, je me suis retrouvé dans un vrai désarroi avec très peu d’informations à portée de main. Le cancer colorectal touche à l’intime, c’est un sujet dont on n’a pas forcément envie de parler.
Si le site Stomal’Or avait existé à l’époque, ça m’aurait été d’une aide précieuse pour rompre ce sentiment d’isolement.
J’ai contacté Élodie pour partager mon histoire et lancer un appel : n’ignorez pas les signaux d’alerte de votre corps. Il ne s’agit pas de courir chez le médecin au moindre bobo mais de ne jamais minimiser des symptômes qui durent.
Écoutez-vous avant qu’il ne soit trop tard ! »
Le rétablissement et la nouvelle vie
Six mois après l’intervention, Christian a pu bénéficier du rétablissement de continuité digestive. Aujourd’hui, sept ans après la fin de son parcours de soins et à l’aube de la soixantaine, le regard qu’il porte sur son existence a radicalement changé :
« Cette maladie a été un électrochoc.
J’ai appris à revoir mes priorités et à ne plus faire du travail le seul moteur de mon existence. J’ai appris à déléguer, à lever le pied et à préserver ma santé.
La plus belle victoire ? J’ai retrouvé l’amour et une qualité de vie que je n’avais jamais connue auparavant. L’épreuve de la stomie a été difficile, mais elle m’a sauvé la vie et m’a réappris à vivre. »

