Toi aussi ne sois plus tout seul avec ta stomie !

Cadre de santé : au cœur du terrain

Dans l’imaginaire collectif, le poste de Cadre de santé évoque souvent la gestion administrative et la distance avec le soin. Pourtant, en chirurgie lourde et en soins continus, la cadre est le pilier central qui garantit la sécurité des patients et la cohésion des équipes.

Avec 26 ans de carrière entre le secteur public et le privé, Anne-Marie incarne cette génération de cadres de terrain pour qui la crédibilité repose sur la présence constante, la maîtrise clinique et l’anticipation. À l’aube de sa retraite, elle nous livre un témoignage d’une sincérité rare sur la réalité d’un métier de passion.

 

L’ancrage terrain

Devenir cadre ne s’improvise pas pour s’éloigner des contraintes du soin. Pour Anne-Marie, l’autorité naturelle s’acquiert uniquement par une immersion quotidienne au plus près des professionnels et des dossiers :

« Devenir cadre de santé est venu au fil des années, des services, et par l’envie de prendre en charge le patient dans sa globalité.

Si tu fais cadre pour faire des horaires de jour ou ne plus faire de week-ends, tu te trompes ! J’ai toujours été au cœur du service, sur le terrain. Tu ne peux pas être le chef d’orchestre si tu ne connais pas la scène. »

 

L’expertise clinique

Guider les soignants, intégrer les nouvelles recrues et maintenir des exigences élevées impose une connaissance irréprochable des pathologies et des techniques du service :

« Gérer un service, c’est connaître son équipe et les pathologies prises en charge au sens large : la maladie en elle-même, les soins, les examens, les gestes opératoires et les complications potentielles. Lorsque l’on accueille un nouveau soignant, on ne peut pas uniquement s’appuyer sur les anciennes du service pour le doubler. Si tu veux être crédible au-delà des désidératas de planning, tu dois être à la hauteur de ce que tu exiges d’un bon professionnel de santé.

Je constate aussi un changement générationnel dans le rapport au travail et l’implication : à nous d’adapter notre accompagnement sans transiger sur la qualité. Je suis très souvent présente sur les temps de transmissions et mon bureau reste ouvert. »

 

La gestion des urgences

Entre un service d’hospitalisation conventionnel et les soins continus chirurgicaux, l’urgence est quotidienne. Face aux dégradations et aux reprises au bloc, la réactivité s’appuie sur une connaissance fine des dossiers et des personnalités :

« Les urgences, c’est mon quotidien entre les patients qui se dégradent, les reprises au bloc et les entrées en urgence. D’où l’anticipation et la connaissance des patients qui sont dans les lits. De plus, la connaissance de l’humain et des traits de caractère de mon équipe et des médecins est importante, car sous pression les gens réagissent différemment.

Je suis une force tranquille hyperactive !

Côté gestion, pousser un patient dehors ne sert à rien : 8 fois sur 10, il rappelle parce qu’il manque quelque chose ou il est ré-hospitalisé pour des fragilités post-opératoires. Si on connaît ses dossiers et les besoins réels, ça roule… même si on transpire souvent ! »

 

Le soutien des équipes

Face aux familles inquiètes ou à la lourdeur émotionnelle des situations complexes, la cadre s’interpose pour préserver le temps soignant tout en créant un cadre bienveillant :

« Une cadre ne doit pas se défiler et doit affronter les doléances des patients, de la pile de télécommande au problème thérapeutique. Je rencontre ou rappelle les familles sous 48h selon le problème : les soignants sont déjà assez interrompus dans leurs tâches sans avoir à gérer les problèmes de gestion de service.

Aller saluer régulièrement les patients pose un cadre bienveillant et montre qu’il y a un capitaine à bord du navire.

Pour la santé mentale de l’équipe, j’ai mis en place un staff d’une heure, toutes les deux semaines avec psychologues, assistante sociale et médecins pour évoquer les situations compliquées. Au début, certains étaient réticents, notamment les médecins… mais aujourd’hui tout le monde a adhéré à la démarche ! Cette cohésion est indispensable pour améliorer la prise en charge et protéger les soignants. »

 

Le passage de relais

À deux ans de la retraite, Anne-Marie prépare déjà la suite en structurant le service et en responsabilisant ses équipes pour garantir la pérennité des valeurs du soin :

« Dans deux ans je serai à la retraite. J’ai demandé un poste plus transversal sur l’établissement pour pouvoir passer le relais correctement.

Entre les 18 lits de chirurgie et les 12 lits de soins continus, il y a de quoi faire ! Plusieurs de mes agents sont référents d’un domaine (DPI, sang, qualité, bionettoyage…) et j’ai une IDE référente qui me seconde. Ils ont la ligne conductrice : je suis persuadée que ma ou mon successeur s’épanouira dans ces fonctions d’encadrement. »

 

Le mot d’Anne-Marie

« Une cadre de santé est le chef d’orchestre de son service, sous la coupole de la Direction des Soins Infirmiers. C’est un métier exigeant qui demande un fort investissement personnel et professionnel, soutenu par une collaboration pluridisciplinaire d’une immense richesse, des équipes soignantes aux services transversaux (RH, administratif, qualité, biomédical, pharmacie, communication…).

Comme dans tout domaine, faire bouger les lignes demande parfois du temps, mais quelle satisfaction de savoir qu’on a contribué à bâtir un vrai parcours de soins !

Merci à Élodie de m’avoir sollicitée. Nous avons suivi nos parcours respectifs chacune d’un coin de France. Les réseaux sociaux ne sont pas mon univers, mais c’est un plaisir de collaborer à ce projet et de soutenir la démarche de Stomal’Or. »