Toi aussi ne sois plus tout seul avec ta stomie !

Le capital rénal à l’épreuve des traitements

Face à des traitements lourds, on pense souvent à l’organe ciblé par la maladie, mais on oublie parfois d’autres piliers essentiels de notre corps. Le rein est l’un de ces filtres majeurs qu’il faut absolument préserver. Pour Stomal’Or, Alexandre, médecin néphrologue, lève le voile sur son rôle de protecteur de l’ombre. De la première évaluation avant une thérapie complexe jusqu’à la gestion des urgences à domicile, il nous explique comment sécuriser ce précieux capital.

 

Protéger le rein avant les soins

Alexandre nous explique que son premier réflexe est de réaliser un état des lieux complet de ce qu’il appelle le « capital rénal » avant d’attaquer les soins. Il étudie la fonction de départ via le débit de filtration et la créatinine, recherche une éventuelle protéinurie et analyse surtout le terrain général : l’âge, l’hypertension, le diabète, la présence d’un rein unique ou la prise de traitements déjà toxiques pour l’organe. La consultation n’est pas automatique, elle dépend des antécédents et des risques du patient. En cours de traitement, des solutions concrètes existent pour faire rempart.

« On protège les reins d’abord par un bon « remplissage » avec du sérum salé, avant et après les molécules à risque ou les produits de contraste. Il s’agit aussi d’éviter d’empiler les toxiques, comme les anti-inflammatoires et de surveiller régulièrement la créatinine et le ionogramme.

Il n’y a pas de médicament miracle : tout est une question d’anticipation et de prévention. »

 

Le cas de l’iléostomie

Une hausse de la créatinine chez un patient porteur d’une iléostomie est une situation bien connue des néphrologues. Alexandre nous rassure : dans ce cas précis, le premier réflexe n’est pas de craindre une maladie du rein mais de vérifier si le patient n’est pas tout simplement déshydraté. Une stomie qui subit des pertes digestives importantes (au-delà de 1,5 à 2 litres par jour) fait perdre énormément d’eau et de sel, privant le rein de son carburant. C’est une insuffisance rénale aiguë fonctionnelle.

« Le rein n’est pas malade, il est en manque. C’est totalement réversible si on recharge en eau et en sel à temps.

Biologiquement, le sodium urinaire s’effondre car le rein retient tout ce qu’il peut pour freiner les sorties. Si la créatinine augmente d’une fois et demie sa valeur, s’il y a une perte de poids rapide ou des urines rares et foncées, il ne faut pas attendre. Une hospitalisation est parfois nécessaire pour réhydrater efficacement et surveiller l’évolution. »

 

Chimiothérapie et dialyse

Contrairement aux idées reçues, être dialysé n’est absolument pas une contre-indication pour traiter un cancer. Alexandre collabore étroitement avec l’oncologue pour analyser chaque situation molécule par molécule. L’objectif est de comprendre si le traitement est éliminé par le rein et s’il traverse la membrane de la dialyse afin d’adapter précisément la prise en charge.

« Si la molécule est épurée par la dialyse, on l’administre juste après la séance pour éviter de la « laver » avant qu’elle ait pu agir.

Si au contraire elle s’accumule faute de rein, on réduit la dose et on peut planifier une séance pour nettoyer l’organisme après la cure.

Tout est une question d’organisation pour synchroniser le calendrier des chimios avec le rythme des dialyses. »

 

Les réflexes du quotidien

Pour conclure, Alexandre insiste sur des gestes simples mais vitaux que chaque patient peut s’approprier. Bien s’hydrater reste la moitié du travail, en gardant à l’esprit que les pertes digestives incluent aussi le sel, ce qui peut nécessiter de compenser avec des eaux riches en minéraux. Il met également en garde contre un ennemi trop souvent sous-estimé en automédication.

« Les anti-inflammatoires de type ibuprofène sont les meilleurs ennemis du rein, surtout lorsqu’on est déjà déshydraté car ils bloquent les filtres des reins.

Suivez bien les bilans biologiques : la prise de sang montre souvent des signes de déshydratation bien avant l’apparition des premiers symptômes. Enfin, si vos reins sont déjà fragiles, une créatinine qui oscille légèrement est banale.

Laissez vos médecins interpréter les courbes du débit de filtration glomérulaire (DFG) pour juger de la stabilité dans le temps. »

 

Merci à Alexandre, médecin néphrologue, pour sa disponibilité, ses explications claires et ses précieux réflexes de prévention.