Le jour de l’annonce d’un cancer ou de la nécessité d’une lourde intervention digestive est un moment d’une immense intensité émotionnelle. Face au chirurgien, le patient reçoit une masse d’informations complexes alors même que son esprit doit digérer la nouvelle. Pour Stomal’Or, Romain, chirurgien digestif et viscéral, décrypte avec transparence et humanité les grandes étapes de ce parcours, de la première consultation au suivi à long terme, en passant par les réalités du bloc opératoire.
L’annonce et la décision collective
Le premier rôle du chirurgien lors de la consultation d’annonce n’est pas seulement technique ; il s’agit avant tout d’installer un espace d’écoute.
« Il est parfaitement normal de ne retenir qu’une faible part de ce qui se dit ce jour-là. C’est pourquoi un deuxième temps d’échange est toujours proposé. »
Il encourage vivement les patients à revenir, idéalement accompagnés d’un proche, pour poser toutes les questions nécessaires sans l’ombre d’un tabou. Si la pose d’une stomie est envisagée, le sujet est abordé tôt.
« Une stomie expliquée à l’avance est toujours mieux vécue qu’une stomie subie dans l’urgence », insiste-t-il.
Contrairement à ce que l’on pourrait redouter, aucune décision ne se prend seule ni dans la précipitation. La stratégie thérapeutique est systématiquement arbitrée lors d’une Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP). Autour de la table, chirurgiens, oncologues, radiothérapeutes, radiologues et anatomopathologistes discutent ensemble chaque dossier.
« Cette décision collective se base sur les dernières données de la science », explique Romain, « elle dépend du type de tumeur, de sa localisation et de son stade. C’est toute une équipe qui coordonne ensuite l’ensemble du parcours. »
Du bloc opératoire au retour à domicile
Au bloc opératoire, le patient est entouré d’une équipe complète unissant le chirurgien, l’anesthésiste, l’infirmière de bloc et l’aide opératoire. Pour une intervention sur le côlon par cœlioscopie (petites incisions et caméra), la durée varie d’une à plusieurs heures. Le chirurgien utilise des outils d’imagerie modernes pour vérifier la parfaite vascularisation des tissus avant de réaliser la suture, une étape clé car la qualité de cette attache conditionne une grande partie des suites opératoires.
Lorsque la création d’une stomie s’avère nécessaire, son emplacement n’est jamais laissé au hasard. Un repérage est effectué avant l’opération, si possible avec une infirmière stomathérapeute. Le patient est examiné en position assise, debout et allongée afin de situer la stomie sur une zone plane, visible et facile à atteindre au quotidien, bien à distance des plis de la peau, du nombril ou de la ligne de la ceinture.
De retour en chambre, la pratique médicale actuelle s’inscrit dans une démarche de Récupération Améliorée Après Chirurgie (RAAC), qui consiste à remettre le patient debout et à le réalimenter très tôt afin d’accélérer la guérison. Pour autoriser le retour à domicile, le chirurgien attend des signaux clairs :
- Une douleur bien contrôlée par des médicaments oraux.
- La reprise du transit gazeux.
- Une alimentation qui s’assimile bien.
- L’absence de fièvre.
- En cas de stomie, la certitude que le patient (ou un proche) se sent en confiance pour la gérer de manière autonome.
Le suivi et la surveillance sur 5 ans
La consultation post-opératoire intervient généralement trois à quatre semaines après la sortie pour vérifier la bonne cicatrisation et analyser les tissus au microscope. Même si l’oncologue prend le relais pour coordonner les éventuels traitements complémentaires, le chirurgien reste présent. Si la stomie a été réalisée à titre temporaire, sa fermeture (rétablissement de la continuité) est envisagée après quelques mois, une fois que l’état général du patient est stabilisé.
La surveillance médicale se poursuit ensuite de manière rapprochée pendant cinq ans, la période durant laquelle le risque de récidive est le plus important. Les contrôles sont fréquents durant les trois premières années avant de s’espacer progressivement.
« Ce suivi repose essentiellement sur des examens cliniques, des bilans sanguins, des imageries (scanner ou échographie) de l’abdomen et des poumons, ainsi que des coloscopies. L’objectif est de réaliser les bons contrôles au moment opportun. »
Le mot du chirurgien
« Mon message fondamental est de ne jamais rester seul face à la maladie. La force d’une prise en charge repose sur l’écosystème de soignants qui gravite autour de vous. La stomie ne doit pas être perçue comme un échec mais comme un outil thérapeutique efficace qui participe directement à la stratégie de guérison. »
Avec ou sans stomie, de nombreux patients reprennent une vie active, voyagent et font du sport. Enfin, l’anticipation reste la meilleure arme : l’apparition d’un saignement, une modification inexpliquée du transit, une fatigue intense ou une perte de poids doivent pousser à consulter rapidement car un diagnostic précoce garantit toujours de meilleures chances de traitement.
Merci à Romain, chirurgien digestif et viscéral, pour ses précieuses informations et ses conseils rassurants pour les patients.


